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Effectivement,
c’est pathétique, et je dois vous confesser que
j’ai longuement hésité avant de mettre
en ligne cette page tant je craignais l’incompréhension
et les remarques cauteleuses de certains d’entre vous,
mon MerveilleuX public, mon amour. Et puis, plus j’avançais
dans ma réflexion, plus m’est apparu comme une
évidence qu’il ne s’agissait là
que d’une étape supplémentaire dans la
droite ligne de l’autoproduction "sérieuse"
(j’entends celle qui n’a rien à voir avec
un quelconque "Yo ! Trop cool ! On vient jouer chez toi
si tu nous payes la bière !" ou "Allez !
Prends mon skeud, il est trop bien, s’te plaît,
j’te l’donne !") ou de l’entrée
en libre responsabilisation que je pratique depuis de nombreuses
années (ou également, par exemple, de la création
de "Un printemps bizarre"). Je vais tenter ici,
non pas de me justifier, non pas de vous convaincre, mais
simplement de vous expliquer ma démarche, disons par
un souci de cohérence intellectuelle à laquelle
je suis particulièrement attaché.
Je
l’ai dit et écrit souvent, la logique du
"tout gratuit" qui s’impose depuis plusieurs
années, notamment à cause du web et à
travers le web, ne permet d’aboutir qu’à
l’amateurisme, c'est-à-dire à la médiocrité,
ou au financement par la publicité qui, comme chacun
le sait, n’aspire qu’à soutenir des niches
marketing "bizarres,
décalées, hors normes, alternatives, contestataires,
trash, subversives, anticonformistes, underground –
appelez ça comme vous voulez"… Face
à ce constat, nous sommes nombreux, enfin, je crois,
à rêver de pouvoir proposer sur nos sites un
système de "micro paiement", je veux dire,
très pratiquement, que beaucoup d’entre vous
ont passé une heure, plusieurs peut-être, sur
le fort beau site de l'IndispensablE, qu’ils y ont téléchargé
(intégralement) des chansons, qu’ils ont peut-être
"piraté" le DVD de "J’veux être
Grand et Beau" en P2P ou lu "Je gagne toujours à
la fin" en bibliothèque, bref, qu’ils ont
eu accès à mon travail sans jamais débourser
un centime, et c’est très bien comme ça
car le plus important à mes yeux reste la diffusion
dudit travail. Enfin, quand je dis "et c’est très
bien comme ça", je veux dire, comme toujours,
à condition que cette démarche de liberté
s’accompagne d’une nécessaire réflexion
sur sa propre responsabilité – sinon, c’est
pas du jeu. Car ce temps de cerveau occupé, soit n’a
aucune valeur à vos yeux et, de vous à moi,
vous n’avez pas grand-chose à foutre de votre
vie pour perdre ainsi votre temps sur Internet, soit il possède
une quelconque valeur, ce que je souhaite ardemment bien sûr,
et alors il ne me reste plus qu’à vous donner
simplement la définition communément admise
de l’argent pour que vous en tiriez brillamment et seuls
la conclusion qui s’impose : l’argent n’est
rien d’autre que le moyen d’échange de
la valeur sociale – je vous laisse réfléchir
à ça pendant cinq minutes.
L’argent n’est rien d’autre
que le moyen d’échange de la valeur sociale,
je le répète car elle est importante cette phrase.
La société en général, et conséquemment
beaucoup d’entre vous, ont une approche pour le moins
ambiguë et souvent empreinte d’une jalousie fort
peu estimable du rapport entre le Choucroutiste
et le poignon (pour reprendre deux termes éminemment
vaquettiens). Ça vous embête qu’on gagne
de l’argent avec notre travail, comme si la vie merveilleuse
et libre surtout que vous nous prêtez devait se payer
(ah ! le complexe judéo-chrétien omniprésent
de la faute originelle qu’il faut bien assumer en quittant
le paradis terrestre pour une vie de contrainte) par la misère
la plus noire ! Ferré l’a dit avant moi : "Dis
donc Léo, ça ne te gêne pas de gagner
de l'argent avec tes idées ? Non, ça ne me gênait
pas, non plus, de n'en pas gagner avec mes idées, toujours
les mêmes, il y a quelques années. Vois-tu, la
différence qu'il y a entre moi et M. Ford ou M. Fiat,
c'est que Ford ou Fiat envoient des ouvriers dans des usines
et qu'ils font de l'argent avec eux. Moi, j'envoie mes idées
dans la rue, et je fais de l'argent avec elles. Ça
te gêne ? Moi, non. Et voilà !"
L’argent n’est rien d’autre
que le moyen d’échange de la valeur sociale (et
la répétition est la base de la pédagogie),
et moi, voyez-vous, je pense que je suis plus à ma
place, plus utile au corps social, en poursuivant mon chemin
de Choucroutiste avec l’intégrité qui
depuis toujours m’habite que si j’étais
resté au Collège de France à faire semblant
de chercher avec probablement peu d’espoir de réussite
quelque nouvelle théorie de physique théorique,
physique que j’appréciais, certes, mais qui elle
ne m’habitait pas. Et pourtant, le corps social, toujours
lui, me donne beaucoup moins d’argent pour faire le
premier qu’il ne m’aurait concédé
pour le deuxième, beaucoup moins même que si
je servais des frites chez M. et Mme McDonald’s à
de jeunes cons obèses ou que si je faisais chier des
clochards dans l’enceinte de la RATP déguisé
en Rambo du métro – peste ! il faut donc croire
que je suis définitivement un fou (c’est un joli
mot, fou, non ?), un mégalo disons (laissez, j’ai
l’habitude), et qu’objectivement Vaquette est
moins utile à la société qu’un
vigile ou qu’un vendeur de hamburgers. Ah ! Juste une
question alors, parce que j’ai mauvais esprit (je ne
vous apprends rien, j’espère) : si tel est le
cas, comment le corps social s’arrange-t-il avec sa
cohérence intellectuelle (à moins qu’il
n’y ait que moi qui y soit attaché dans notre
pays pourtant cartésien qui se targue tant des Lumières,
à cette satanée cohérence intellectuelle
?) lorsqu’on vend un siècle après sa mort
(dans la misère, est-il besoin de le rappeler ?) plusieurs
dizaines de millions d’euros un tableau de Van Gogh
et que, par delà ça, sa peinture fait vivre
aujourd’hui des centaines de personnes dans les musées
du monde, les fabriques de posters ou les boutiques de souvenirs
(sans compter tous les parasites de la culture du Ministère
du même nom à celui de l’Éducation
nationale, des MJC à Télérama, qui seraient
bien en peine de justifier de leur utilité sociale
à eux, s'ils n’avaient à exhiber pour
se légitimer aucun Choucroutiste mort mais uniquement
les "artistes" qu’ils soutiennent de leur
vivant) ?
Mais vous êtes MerveilleuX et moi injuste
: votre grandeur d’âme vous interdit la basse
jalousie et votre immense lucidité vous permet d’échapper
à l’incohérence intellectuelle de la plupart.
Conséquemment vous êtes conquis par mon pro domo
et vous avez raison, du moins je ne vais à présent
parler qu’à ceux-là (les autres peuvent
aller se détendre ici).
Poursuivons donc sur Van Gogh. C’est une tarte à
la crème que de louer Théo, son frère,
qui lui a permis de consacrer sa vie à la peinture
en le soutenant financièrement. Par delà cette
image d’Épinal, posons-nous la vraie question
qui est cachée derrière : est-ce que Théo
aide son frère parce que c’est son frère
et qu’il est bien naturel d’aider sa famille dans
la difficulté, ou est-ce que Théo, ayant conscience
que Vincent possède une utilité sociale qu’il
juge bien réelle, précieuse même car unique
(et qui est reconnue comme telle aujourd’hui, je le
répète, par la "société"
ou du moins ses "responsables") lui permet de s’y
consacrer pleinement, ne faisant ainsi que son "devoir"
("devoir" dont il est regrettable qu’il ait
été le seul à assumer la charge) ? La
question peut paraître anecdotique mais elle ne l’est
pas du tout. Dans le premier cas, il ne s’agit que d’une
histoire de famille, certes jolie, mais finalement assez banale
et sans grande portée morale, sociale ou intellectuelle,
rien d’autre que le constat sordide que fait Svinkels
et que je partage malheureusement au quotidien : "Les
potes qu’ont prévu qu’ça march’rait
pouvaient pas prévoir la galère : putain d’salaire
de misère, un trentenaire qu’a besoin de sa mère
!" Dans le second cas, nous sommes au cœur d’une
vision, d’un rêve, d’un Fraunhofer, je vous
laisse choisir le mot, et puis non, je choisis tout seul,
d’une vision, donc, que j’ai depuis très
longtemps déjà. Je vous rassure, je suis fou
peut-être, mais je n’ai pas perdu tout à
fait le sens des réalités et j’ai bien
conscience lucidement qu’il ne s’agit de rien
d’autre que d’une utopie (mais c’est un
joli mot, utopie, non ?) qui pratiquement ne se réalisera
pas – ouf ! tu nous as fais peur Vaquette, on aurait
pu mal te comprendre. Ma vision donc, la voici : qu’une
centaine d’entre vous, ceux qui considèrent justement
que mon travail a de la valeur à leurs yeux et, par
delà, une valeur sociale (pour reprendre mes termes)
"bien réelle, précieuse même car
unique" (disons simplement que si j’arrêtais
de "faire Vaquette dans la vie", Vaquette ne serait
pas remplacé et que, si le monde ne s’arrêterait
évidemment pas de tourner pour autant, il lui manquerait
tout de même un petit quelque chose), oui donc, que
cette centaine d’adorateurs du Grand Mythe Vaquettien
m’envoient chaque mois dix euros. Ce n’est pas
grand-chose 10 euros, non ? et d’ailleurs beaucoup d’entre
vous les dépensent peu ou prou pour des abonnements
à des journaux militants ou des cotisations et autres
soutiens à des structures "activistes" qu’ils
jugent utiles socialement – voyez, nous y revenons,
à l’utilité sociale : ma cohérence
intellectuelle, toujours
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Parce que tout de même, pour revenir à la famille
Van Gogh, et à Svinkels aussi, vous trouvez normal,
vous, que ce soit ma MerveilleusE maman que j’encule
dans mes chansons tandis qu’elle suce le dalaï-lama
(oui, j’ai modifié le texte récemment)
qui pratiquement subventionne seule mon travail ? Vous en
penseriez quoi si demain, pour plaire à un public plus
large et faire péter la caillasse, les tasses et la
grosse paire de Nike, mes spectacles, mon prochain roman,
mes chansons devenaient, disons pudiquement, plus accessibles
? Et si je me transformais en un bon chien, que j’arrêtais
de cracher sur tout, sur tous et tout le temps et qu’à
force de tendre la patte, soumis, au bon maître qui
donne si généreusement en France des subventions
à ses artistes de compagnie, je finisse par manger
dans l’écuelle du Ministère de la Culture
sans même que le maître en question n’ait
à craindre que je lui morde la main, pensez-vous que
ce serait une jolie évolution de mon travail et de
mon parcours ? Et si je "produis" encore moins que
je ne le fais aujourd’hui parce que mon temps se perd
pratiquement à enseigner la physique en lycée
(avec le risque bien réel – assumez-en les conséquences
: ce sera de votre faute ! – de finir ma vie en prison
pour pédophilie), vous vous en foutez complètement
? Et si enfin, j’arrêtais tout net de faire Vaquette
parce qu’au bout d’un moment c’est pénible
d’avoir le sentiment de dépenser tant (d’énergie,
de temps, de valeur sociale, toujours elle, d’exigence…)
pour recevoir si peu en retour (oui, oui, je sais, je raisonne
comme un épicier – viens-y ducon et après
on en reparle !), ce serait mon problème à moi
seul ? (Et si je braque une banque, y’en a qui sont
partants, yo ? – eh ! vous viendrez m’apporter
des oranges en zonzon au moins, non ? pas cool…) De
vous à moi, je ne pense pas qu’entre toutes ces
solutions pratiques pour pouvoir générer du
poignon et donc du temps et de l’indépendance,
la solution d’un don libre et responsable des quelques-uns
qui suivent mon travail avec intérêt soit de
loin la plus infamante. Je vous laisse réfléchir
à ça pendant, disons, allez ! le temps d’un
clic sur le lien en haut à droite de cette page.
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